Cellule procaryote et cellule eucaryote : différences, tableau et schéma
La différence fondamentale entre une cellule procaryote et une cellule eucaryote est l'absence ou la présence d'un noyau délimité par une enveloppe. Chez les procaryotes (bactéries et archées), l'ADN baigne librement dans le cytoplasme dans une région appelée nucléoïde et la cellule ne possède aucun organite membranaire. Chez les eucaryotes (animaux, végétaux, champignons, protistes), l'ADN est enfermé dans un noyau et la cellule est compartimentée en organites : mitochondries, réticulum endoplasmique, appareil de Golgi, lysosomes.
Cette distinction entraîne une cascade de conséquences : taille, organisation du génome, type de ribosome, mode de division, couplage ou non de la transcription et de la traduction. Ce cours les reprend une par une, avec un tableau comparatif, un schéma original et une FAQ. Il complète notre cours S1 sur la cellule.
Tableau comparatif : procaryote / eucaryote
| Caractère | Cellule procaryote | Cellule eucaryote |
|---|---|---|
| Noyau | Absent — nucléoïde sans enveloppe | Présent, délimité par une double membrane percée de pores |
| Taille habituelle | 0,5 à 5 µm | 10 à 100 µm (jusqu'à bien plus) |
| Volume relatif | Référence 1 | De l'ordre de 1 000 à 10 000 fois plus grand |
| Forme de l'ADN | Un chromosome circulaire unique, + plasmides facultatifs | Plusieurs chromosomes linéaires associés aux histones |
| Taille du génome | Escherichia coli K-12 : 4 641 652 pb, ≈ 4 300 gènes codants | Humain : ≈ 3,1 milliards de pb, ≈ 19 400 gènes codants |
| Organites membranaires | Absents | Mitochondries, RE, Golgi, lysosomes, peroxysomes, (chloroplastes) |
| Ribosomes | 70S (sous-unités 50S + 30S) | 80S (sous-unités 60S + 40S) |
| Paroi | Peptidoglycane (bactéries) ; pseudomuréine ou protéines (archées) | Absente chez les animaux ; cellulose (végétaux), chitine (champignons) |
| Cytosquelette | Rudimentaire (homologues MreB, FtsZ, CreS) | Développé : actine, microtubules, filaments intermédiaires |
| Transcription / traduction | Couplées dans le cytoplasme ; ARNm polycistroniques (opérons) | Séparées dans l'espace : transcription nucléaire, traduction cytoplasmique ; ARNm monocistroniques, épissage |
| Introns | Très rares | Fréquents, d'où la maturation de l'ARN |
| Division | Fission binaire (scissiparité), sans fuseau | Mitose avec fuseau de microtubules ; méiose chez les cellules germinales |
| Mobilité | Flagelle bactérien à moteur rotatif | Cil ou flagelle à structure 9+2 à battement ondulant |
| Échanges génétiques | Conjugaison, transformation, transduction | Reproduction sexuée (méiose + fécondation) |
Schéma comparatif d'une cellule procaryote et d'une cellule eucaryote
Les procaryotes ne forment pas un groupe unique : bactéries et archées
« Procaryote » décrit une organisation cellulaire, pas un groupe de parenté. Les travaux de Carl Woese sur l'ARN ribosomique 16S ont montré dès 1977 que les procaryotes se répartissent en deux domaines distincts : les Bacteria et les Archaea. Les archées partagent l'organisation procaryote (pas de noyau, pas d'organite) mais leur machinerie d'information génétique — ARN polymérase, histones, facteurs de traduction — ressemble davantage à celle des eucaryotes. Leurs lipides membranaires sont aussi particuliers : ce sont des éthers d'isoprénoïdes, et non des esters d'acides gras. Les eucaryotes ont émergé au sein d'une lignée archéenne, les Asgard, selon les reconstructions phylogénomiques actuelles.
Pourquoi les eucaryotes sont-ils compartimentés ?
Le gain d'un noyau n'est pas un détail d'architecture : il sépare physiquement la transcription de la traduction. Cette séparation rend possible la maturation de l'ARN — coiffe, polyadénylation, épissage — et un contrôle de l'expression bien plus fin. Chez une bactérie au contraire, un ribosome peut traduire un ARNm encore en cours de synthèse : la régulation repose alors largement sur les opérons et l'atténuation.
Les mitochondries et les chloroplastes sont eux-mêmes d'anciens procaryotes. La théorie endosymbiotique, défendue par Lynn Margulis en 1967, s'appuie sur des arguments convergents : double membrane, génome propre circulaire, ribosomes de type 70S sensibles aux antibiotiques antibactériens, division indépendante de celle de la cellule, et affiliation phylogénétique aux alphaprotéobactéries pour les mitochondries et aux cyanobactéries pour les chloroplastes. C'est d'ailleurs ce qui explique l'hérédité mitochondriale strictement maternelle et non mendélienne.
Une conséquence pratique : la cible des antibiotiques
Les différences procaryote / eucaryote sont la base de la chimiothérapie antibactérienne. Les β-lactamines bloquent la synthèse du peptidoglycane, absent chez nous. Les aminosides, les macrolides et les tétracyclines se fixent sur le ribosome 70S et pas sur le 80S. Les quinolones inhibent l'ADN gyrase bactérienne. À l'inverse, les infections virales ne répondent pas aux antibiotiques, car un virus n'est pas une cellule et ne possède aucune de ces cibles.
Pour aller plus loin
- Cours S1 : la cellule
- Cours : le noyau
- Cours : les organites cellulaires
- Les différentes formes de bactéries
- Cours : le métabolisme bactérien
FAQ — questions fréquentes
Quelle est la différence principale entre procaryote et eucaryote ?
L'absence de noyau chez le procaryote et sa présence chez l'eucaryote. De cette différence découlent toutes les autres : absence d'organites, ADN circulaire et couplage transcription-traduction chez le procaryote ; compartimentation, chromosomes linéaires et maturation de l'ARN chez l'eucaryote.
Les bactéries ont-elles de l'ADN ?
Oui, bien sûr. Elles possèdent un chromosome d'ADN double brin circulaire, le plus souvent unique, condensé dans le nucléoïde par des protéines associées au nucléoïde (HU, Fis, H-NS) et par supertours. Elles peuvent aussi porter des plasmides, petites molécules d'ADN circulaires indépendantes, souvent porteuses de gènes de résistance aux antibiotiques.
Une cellule végétale est-elle procaryote ou eucaryote ?
Eucaryote. Elle possède un noyau, des mitochondries, un appareil de Golgi, et en plus des chloroplastes, une grande vacuole et une paroi de cellulose. La présence d'une paroi n'est pas un critère de procaryotie : les champignons et les végétaux en ont une.
Quelle est la différence entre ribosome 70S et 80S ?
Le « S » est l'unité Svedberg, un coefficient de sédimentation lors d'une ultracentrifugation : ce n'est pas une masse et les valeurs ne s'additionnent pas. Le ribosome procaryote 70S est fait d'une sous-unité 50S et d'une 30S ; le ribosome eucaryote cytoplasmique 80S d'une 60S et d'une 40S. Le 80S est plus gros et contient davantage de protéines et d'ARN ribosomique.
Les virus sont-ils des procaryotes ?
Non. Un virus n'est pas une cellule : il n'a ni membrane plasmique propre au sens cellulaire, ni ribosome, ni métabolisme autonome. Il est un parasite moléculaire obligatoire et ne se place dans aucun des trois domaines du vivant.
Pourquoi les procaryotes restent-ils petits ?
Essentiellement pour une raison de rapport surface/volume. Sans organite ni transport vésiculaire, tous les échanges passent par la membrane plasmique et toutes les molécules circulent par diffusion. Quand le rayon augmente, le volume croît plus vite que la surface et l'approvisionnement devient limitant. Quelques bactéries géantes, comme Thiomargarita, contournent le problème avec une énorme vacuole centrale.
Les archées sont-elles des bactéries ?
Non. Elles constituent un domaine à part, aussi distinct des bactéries que nous le sommes d'elles. Procaryotes par leur organisation, elles sont génétiquement plus proches des eucaryotes pour la réplication, la transcription et la traduction.
Sources : Alberts B. et al., Molecular Biology of the Cell, 7e éd., W. W. Norton, 2022, chap. 1 et 14 ; Madigan M. T. et al., Brock Biology of Microorganisms, 16e éd., Pearson, 2021 ; base EcoCyc, Escherichia coli K-12 MG1655 (4 641 652 pb) ; Mudge J. M. et al., « GENCODE 2025: reference gene annotation for human and mouse », Nucleic Acids Research, 2025, 53(D1):D966 ; Woese C. R. & Fox G. E., « Phylogenetic structure of the prokaryotic domain », PNAS, 1977, 74:5088 ; Margulis L., « On the origin of mitosing cells », Journal of Theoretical Biology, 1967, 14:225.

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